le blog de l'institut

De profundis clamavi ad te Domine, exaudi vocem meam. In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum.

07-13-2007

Pendant un certain temps.

 les_amoureux_de_vence
Marc Chagall
Les amoureux de Vence.

Le meilleur moment, c'est de se rendormir juste après que le réveil sonne. Merde pour cette fois.
A l'époque du Lycée, je devais prendre mon bus à 6h45. En plein hiver, à Chamonix, 6h45 c'est carrément de l'inconscience. Je laisse filer quelque chose comme une heure.
Va falloir que je prenne un bus. Il est encore remplit de skieur. Ca fait une drôle d'impression de prendre un bus remplit de gens en tenue de ski avec chaussures, ski et bâton. Tout le monde descend à l'arrête de la Flégère, la station de ski. Moi, je reste.
Après, j'irais marcher un moment. Dans la ville.
A 8h30, la ville n'est pas vraiment encore pour les promeneurs, pour les vacants. Dans n'importe quelle ville. C'est encore le règne des livreurs. Les bouchers fignolles leurs vitrines, les vendeuses nettoient les vitres des boutiques, des cartons par terre, partout.
Ce ne sera que poussé par un impétueux besoin de sécher les cours que je me promenerais en ville aux aurores.
Chamonix, milieu de l'hiver, je suis seul avec mon sac de lycéen, à me promener, à 8h30.
Je vais me chercher des croissants. J'irais prendre un café dans le petit centre commercial.
A cette heure-ci, ma classe, devait surement être en math, ou en physique. Et je suis là. Errant seul dans cette ville de touristes. Il n'y a personne d'autres comme moi. Il fait froid. Le printemps reviendra plus tard...
C'est dans ces moments ou je me sens échapper à la destinée- qui dans ce cas devait me coller au fond d'une salle de classe, à côté d'un radiateur de préférence- que je ressens le plus l'agréable et légère sensation d'être libre. Cela associé à un goût vicieux pour un certain échec, une certaine deception que je peux renvoyer à certaines personnes.
Peut être qu' on ne ressent la liberté qu'en fuyant d'une manière ou d'une autre des responsabilitées, qu'en tirant son chapeau devant la ligne droite qui est tracée.
La libertée aura toujours eut l'odeur des croissants dans un matin froid, avec le bruit des livreurs derrière moi, et mes pas qui résonnent dans des ruelles innocentes.
Après, plus de bus évidemment. Le lycée ne s'est pas installé dans cette ville touristiques. Je vais devoir faire du stop. Toujours avoir des gants pour faire du stop en plein hiver.
Le bord de la route, les aiguilles qui défilent. J'aurais aussi raté le cours de 9 h. Je commencerais a 10h, soit. On s'arrête enfin. On me posera sur la bretelle d'autoroute. Les voitures fileront tout droit, dans une ligne droite qui tranche la vallée en deux, pour mieux s'en éloigner. Moi, je traverserais l'autoroute à pied. J'arriverais au lycée, je prendrais un café à la machine du bat C. Je montrais au sommet du batiment, pour ne pas trop éveiller l'attention, je boirais mon café les mains au chaud sur le radiateur, regardant par la fenêtre le paysage enneigé, salit sur le bord des route, et l'autoroute, blanche, qui s'élance en deux virages moqueurs, s'adressant au pauvre connard que j'étais, qui restais sur le bord de l'autoroute, dans un lycée, à apprendre des choses qui ne me serviront plus jamais.
Après, j'irais peut être derrière la porte de la salle ou je devais avoir cours. J'aime à entendre la voix du professeur, qu'il ne s'imagine pas que je suis derrière. Je suis dans une zone intermédiaire, ni dedans, ni dehors, je vous roule tous dans la farine.
J'imaginerais ma place, vide, ma chaise bien en place, la table avec rien dessus.
Après, il ira trainer au CDI en regardant des monographie. Il n'y en a pas beaucoup dans ce lycée. Il s'arrêtera sur du Goya et du Chagall. Surtout « Les amoureux de Vence ». Il trouvera que cela est silencieux, intemporel et gracieux.
Après, il sortira à la pause de 10h, il retrouvera ses potes, il fumera une philippe morris et râlant sur cette pute de prof de sport. Il a oublié qu'il y avait sport à 10h, il n'a pas sa tenue.
Il prend le chemin du gymnase, relevant le col de sa veste, soufflant une bouffée de fumée de cigarette glacé qui se mélange à la vapeur produite par son souffle. Il songera aux voitures qui passent la cinquième sur l'autouroute, juste derrière. Il imaginera les bandes blanches défiler sous ses yeux, pendant un certains temps...

Posté par interner à 07:51 PM - En bon état. - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

    J'aime beaucoup le tableau. Les couleurs. Tout ça...J'trouve que l'ambiance est très rêveuse.M'enfin c'est juste l'impression qu'une inculte fatiguée peut avoir à 1h24 du mat'.

    Posté par Petiteconne, 07-14-2007 à 01:24 AM
  • Ouay trop bi1 je lâche un comm'z à Jibé o/

    Ah c'est beau ! Ça me rappelle mes années de lycée à moi... Sauf que je savourais pas le goût sucré de la Liberté dans la neige et l'odeur des croissants crâmés, mais sous la pluie et les mouettes qui virevoltaient au-dessus de ma tête... M'enfin c'était champêtre aussi.
    Tu sais qu'ça m'fait envie, j'y retournerais bien moi à cette époque-là. A la fac et dans mon école qui dispense 8h de cours par semaine, c'est tellement banal de sécher que ça en perd tout son charme délicieusement rebelz. Hard life.

    Posté par Nada, 07-14-2007 à 09:53 AM
  • JB> putain cte rouille dans ton bled pourri (je parle parce que moi c'est pareil....)

    Nada> t'es foooooooolle !!!! revenir au lycee ! cte ouf !!!! (sous la flotte en plous)

    Posté par assayah, 07-14-2007 à 07:08 PM
  • Hm j'ai toujours eu la chance d'habiter pres de mes lycées / écoles / fac. Je me trimballais toujours à pieds et jamais avant le lever du soleil à part les pires jours d'hiver.

    Y m'arrivait quand meme de rentrer alors que le crepuscule avait mis les voiles depuis un bout de temps, slalomant entre les bagnoles.
    Et mon autoroute c'etait l'entrée de la voie rapide que je traversais tous les jours, entre deux feux rouges.

    Posté par Tungsten_candy, 07-15-2007 à 03:22 AM
  • Fête foraine

    Un moment que je n'étais pas venue te lire... du coup je me suis rattrapée en lisant tout d'un coup, et ça me fait le même effet que si j'étais monté sur un manège ou que j'avais mis la tête dans un flipper. Remuer ses idées et son coeur dans tous les sens, ça a décidemment du bon. Merci Monsieur le Fou pour ce drôle de tour!

    Posté par Eddie, 07-24-2007 à 01:14 AM
  • Ca fait tellement longtemps que t'as pas posté de truc neuf que ton blog à rouillé

    Posté par Tungsten_candy, 07-25-2007 à 01:11 AM
  • Eddie et JB> Traitres !!!!!

    Posté par assayah, 07-25-2007 à 03:40 AM

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